CGT DES HOPITAUX DU VAL DE LORRAINE

Blog de la CGT des Centre Hospitalier de Pont-à-Mousson & Pompey Lay St Christophe

Face à l’extrême droite, ce que peut le syndicalisme

 

 
Déconstruire les logiques de haine et redonner sens et fierté aux valeurs de solidarité, de justice et d’égalité : tels sont les deux axes de la feuille de route proposée lors de journées d’étude ou de formation de la Cgt.

Les faits sont là. En 2017, lors de la dernière présidentielle, le vote d’extrême droite avait surtout été le choix des électeurs en âge de travailler. Et cette année encore, parmi les électeurs qui se rendront aux urnes le mois prochain, tout laisse à penser que ce ne seront sans doute ni les 18-24 ans ni les retraités qui seront les plus nombreux à mettre un bulletin pour Marine Le Pen ou Éric Zemmour dans l’urne, mais, d’abord et avant tout, des salariés. Issus des milieux populaires ou aisés, tous, qu’ils le veuillent ou non, légitimeront alors un courant qui a fait, comme le juge le sociologue Ugo Palheta, du « nationalisme d’exclusion » et de la « purification de la nation » son fonds de commerce.

Le temps n’est plus où le Fn était une menace de principe que le syndicalisme pouvait exorciser par la mise à l’écart d’un homme comme Fabien Engelmann, ce responsable Cgt du syndicat des agents territoriaux de la mairie de Nilvange, en Moselle, exclu en avril 2011 pour avoir décidé de se présenter à des élections locales en tant que militant actif du Front national. Désormais, le danger est omniprésent. Même si, lors de la dernière élection présidentielle, un sondage avait prouvé que la proximité avec un syndicat était le meilleur antidote aux idées d’extrême droite, il avait aussi démontré que la Cgt n’était plus épargnée par ce choix électoral puisque le vote Fn des salariés proches d’elle avait progressé de 6 points par rapport à 2002 (15 % contre 9 % auparavant).

Ce que l’image ne dit pas

Plus que jamais, donc, le collectif contre les idées d’extrême droite de la Cgt est sur la brèche. Le 1er février dernier, Pascal Debay, son animateur, était à Troyes à l’invitation de l’union départementale Cgt de l’Aube. Dans ce département où, aux dernières élections régionales, le Rassemblement national a engrangé près de 40 % des voix, une nouvelle fois il a aidé les militants à répondre à ce sentiment d’« abandon » et de « trahison » qui, chaque jour un peu plus, envahit le monde du travail. Ce jour-là encore, les témoignages des syndicalistes présents, qu’ils soient de la Métallurgie, de l’Énergie, de la Santé Action sociale ou de l’Éducation, étaient édifiants, qui traduisaient l’ampleur des risques qui se propagent dans les entreprises, que ceux-ci se manifestent par la banalisation du racisme ou encore par l’attrait grandissant des personnels lors des élections professionnelles pour des listes militant ouvertement contre les organisations traditionnelles.

Les immigrés, parlons-en

De l’urgente nécessité de déconstruire l’image apaisée et lissée que le Rassemblement national veut donner de lui-même, il a donc beaucoup été question. Le ripolinage de son nom n’opère en rien une rupture idéologique avec le passé. Tout simplement, la xénophobie et la haine qui s’affichaient librement auparavant se sont-elles transformées en un semblant de « francophilie » tranquille sans qu’en rien le but recherché ne varie, a expliqué Pascal Debay. Non, a-t-il ajouté, la France n’accueille pas plus de citoyens venant de pays hors Union européenne que les autres pays de l’Ue : elle en accueille même moins que l’Espagne, l’Italie, bien moins encore que l’Allemagne ou l’Autriche. Non, le projet social de l’extrême droite en matière de rémunération ou de fiscalité n’en est pas un. « Et comment pourrait-il en être un quand la première mesure proposée est l’instauration d’une Tva sociale et la hausse des impôts indirects ? », a-t-il encore souligné. Là ne sont que mensonges et supercheries.

Mais, une fois dit cela, comment faire entendre raison aux salariés ? Comment la Cgt peut-elle reprendre la main ? Quelques jours plus tard, lors d’un colloque organisé le 10 février par l’Institut d’histoire sociale de la Cgt, une proposition a été faite. Invitée avec plusieurs autres chercheurs et syndicalistes, la sociologue Annie Collovald en est l’auteure : se réapproprier la culture et la fierté qui ont fait la puissance du mouvement ouvrier. « Rarement les classes populaires ont été aussi invisibilisées. Ou, quand elles ne le sont pas, a-t-elle déclaré, c’est pour les cantonner au danger qu’elles représenteraient, au problème pour la démocratie qu’elles engendreraient et qu’il vaudrait mieux évacuer pour gouverner en paix. Comment s’étonner dès lors qu’à force de mépris et de dénégation certains optent pour des solutions qui n’en sont pas ? »

Se réapproprier les mots

L’idée de redonner sens à l’action syndicale en réaffirmant ses espoirs et ses projets pour lutter contre les idées d’extrême droite sera reprise par tous les syndicalistes présents ce 10 février à Montreuil. Elle le sera avec l’affirmation de la nécessité pour la Cgt d’afficher haut et fort ses valeurs. À commencer par celles inscrites dans ses statuts : son attachement au progrès social et à la défense des revendications des salariés, son combat résolu pour une société plurielle, « solidaire, démocratique, de justice, d’égalité et de liberté »…

Rien d’autre finalement que ce qu’imaginait Sylvie Gateau, la secrétaire de l’Ud-Cgt de l’Aube, au lendemain de la formation organisée avec Pascal Debay à Troyes. Quand, après cette rencontre, elle annonçait bien sûr vouloir poursuivre son travail pour sensibiliser un maximum de syndiqués aux dangers que représente l’extrême droite. Mais, aussi, quand elle confiait vouloir reprendre ses déambulations dans les rues du département. Lors de la campagne « Tpe », le comité régional Cgt de la Région Grand-Est avait formé ses militants à devenir des porteurs de parole : à se réapproprier les mots pour ouvrir l’échange dans l’espace public en usant d’affiches ou de panneaux destinés à interpeller les passants. « Nous nous y étions risqués avant le Covid autour de thèmes sur le travail ou les violences faites aux femmes. Et beaucoup de gens étaient venus discuter avec nous, rapportait-elle. Nous devrions réitérer autour de la menace que constituent les idées de l’extrême droite. »

Martine Hassoun

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